#1-Petite psychanalyse des titres de séries

Trouver le titre d’une série, c’est comme nommer l’enfant qui vient de naître. C’est l’inviter à entrer dans le monde. Au-delà de la naissance, il y a une reconnaissance.

Le titre d’une série, c’est la promesse d’une histoire à dévoiler. Une histoire qui nous portera et nous donnera envie d’aller jusqu’au bout et de se demander s’il y aura une suite.

C’est une promesse qui réveille nos fantasmes, qui frappe à la porte de notre imaginaire, qui met en marche, en toute tranquillité, nos pulsions scopiques, c’est à dire, notre plaisir à regarder, notre petit côté voyeuriste, inavouable en société dans la vie de tous les jours.

Le titre d’une série, c’est l’occasion pour le spectateur d’initier une plongée dans son imaginaire, de laisser libre cours à ses désirs les plus secrets en allant à la rencontre de la vie des autres, avec l’espoir peut-être de s’y reconnaitre.

Peut-on tout dire de l’histoire dans le titre ?

Assurément non, et ce n’est pas souhaitable. Un titre c’est, en quelque sorte, une invitation à regarder par le trou de la serrure. On entrevoit quelque chose, une scène peut-être interdite. Et c’est alors qu’on est porté par une pulsion irrépressible d’ouvrir grand la porte pour percer le secret de ce qu’il se passe réellement derrière celle-ci.

Un titre peut susciter l’équivoque et faire naître différentes interprétations. Il attisera notre curiosité parce qu’il est nominal, ironique, laconique, trop long, énigmatique, …

Et, avant même que nous ayons regardé le premier épisode, nous nous demandons déjà quelles aventures vont vivre et nous faire vivre les personnages. Nous sommes alors suspendus aux lèvres de ce titre qui nous met en mouvement vers de nouveaux possibles et nos métamorphoses invisibles.

Et, c’est ainsi que le titre d’une série TV devient un objet de fascination, élevé au rang de fétiche. C’en est presque un objet « sexuel », si j’ose dire, qui suscite en nous des émotions, des sensations, des rêveries qui vont créer le premier lien, le premier rendez-vous, entre la série et nous, le spectateur.

On aperçoit le pied, la cheville, et on a envie de laisser glisser le tissu soyeux qui recouvre la jambe…

C’est « un obscur objet de désir » qui, parce qu’il est un appel à notre curiosité, crée du manque en nous. Quand le manque se faire sentir, on a besoin de le combler. Oui, le manque peut être insupportable. En trop…

Alors, pour y remédier, on s’accroche à la promesse du titre, on s’allonge confortablement sur son divan, et on appuie sur play…

Reste une chose à espérer, que le titre ne soit pas qu’une illusion, un coup de foudre sans lendemain qui fera du spectateur un amoureux déçu…

6 + 1 lettres.

Toi + Moi +…

Un mot, au pluriel. Pas de sujet, pas de verbe, pas d’article. Un simple pour dire le groupe. Pour dire la famille de cœur, celle que l’on se choisit tous une fois qu’on a quitté le nid familial et qu’on se lance dans la vie d’adulte.

Friends, c’est la promesse de l’amitié, des amitiés indéfectibles qui nous font grandir, qui nous font nous découvrir. Ces amitiés auxquelles on se frotte, on se pique. Ces amitiés qui deviennent nos repères. Un titre simple et efficace mais un titre qui en dit long… Et une promesse qui a été tenue.

L’utilisation du participe présent “breaking bad” est bien vue pour un titre! On le devine d’emblée : quelque chose va se dérouler sous nos yeux et nous allons en être les témoins directs.

Ce titre nous invite à imaginer que nous allons découvrir un personnage qui révèle son côté le plus obscur.

Le titre en soit porte la promesse d’une trajectoire, d’un changement qui vire au pire… pour le meilleur ? Que dire de plus ? On veut voir ça ! et on en redemande…

Là aussi, promesse tenue.

Alors pour moi ce titre c’est LE titre par excellence. Il dit tout, il s’adresse directement aux spectateurs. “Parce que c’était lui, parce que c’était moi…”

Parce que nous, c’est vous et vous c’est nous.

Miroir de nos vies, miroir de nos émotions et de nos tremblements. Miroir de nos douleurs, et de nos saignements.

Une promesse, celle de nous reconnaitre dans cette galerie de personnages, celle de toucher du bout des doigts nos quêtes intérieures, nos (re)trouvailles avec nous-mêmes. Et en diapason, l’amour toujours. L’amour de soi, l’amour filial, l’amour sous toutes ses formes.

Promesse tenue.


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