A moins d’avoir le super pouvoir d’entrer dans la tête des gens, on n’a pas souvent accès au bouillonnement intérieur du cerveau des autres ! Et d’ailleurs, c’est sûrement mieux comme ça ! Imaginez-un peu si rien n’était filtré et que nous recevions sans « lissage » la pensée en ébullition des autres sans avoir rien demandé. Je vous laisse imaginer la scène…
Et bien aujourd’hui pourtant, je vous invite à entrer dans mes méandres intérieurs. Je vais vous montrer comment ça se passe dans ma tête de psycharacter quand un producteur et un scénariste font appel à mes services et me soumettent des éléments scénaristiques afin que j’apporte mon expertise de psy sur les personnages en construction.
Pour réaliser cette petite expérience, j’ai demandé à ChatGPT de me fournir un mini-synopsis afin de partir d’une base neutre qui n’émane pas de moi et qui ne m’influence pas dans le traitement de l’histoire.
A partir ce mini-synopsis, j’ai déjà suffisamment de billes en main pour tirer des fils, explorer les enjeux psychologiques du personnage principal. Je vais vous montrer comment, dans une première étape de travail, des questionnements et des remarques sur la psychologie du perso m’arrivent dès la première lecture. Ce n’est pas une analyse finie que je vous propose ici mais la première étape de mon travail d’analyste où il va s’agir de relever ce qui m’interpelle, de faire émerger des questionnements que, par la suite dans une deuxième étape, je pourrai développer pour dérouler des hypothèses qui permettent au scénariste de s’approprier en profondeur la psychologie de ses personnages.
Voici la petite histoire :
Dans une petit ville côtière pittoresque des côtes d’armor, les rêves prennent vie d’une manière mystérieuse et troublante chez les habitants de cette communauté isolée qui se retrouvent soudainement plongés dans un monde de rêves éveillés, où leurs fantasmes et leurs cauchemars prennent forme.
Au cœur de cette intrigue, le Dr. Olivia Assoun, une brillante neurologue et chercheuse spécialiste du sommeil, va mener l’enquête.
Olivia est une scientifique pragmatique qui a passé sa carrière à étudier les mécanismes du sommeil. Cependant, quand les rêves deviennent également une réalité dans sa propre vie, elle se retrouve confrontée à des phénomènes inexplicables. Elle est hantée par des visions de son passé, de sa mère décédée.
Guidée par sa curiosité scientifique, Olivia se lance dans une quête pour comprendre la source de cette manifestation des rêves. En cours de route, elle découvre que les rêves des habitants de cette petite ville sont interconnectés d’une manière profonde, faisant réapparaitre des secrets enfouis depuis des générations.
La série suit le voyage d’Olivia alors qu’elle explore les frontières entre la science et le surnaturel, démêlant les fils de sa propre psychologie, confrontée à ses peurs et à ses désirs refoulés. Elle devient la clé pour résoudre l’énigme des songes et libérer la ville de cette « épidémie » onirique.
Alors voilà dans ma tête, ça bouillonne, ça s’agite… je ne déguise rien, je vous livre ma pensée brute, comme telle qu’elle transpire sur mon clavier après une première lecture.
EN VRAC…
La profession d’Olivia : c’est une scientifique : qu’est-ce que cela dit de sa personnalité, de sa manière d’être, de son rapport au monde ?
Elle est spécialiste du sommeil : qu’est-ce qui l’a poussée à faire de la recherche sur le sommeil ? En quoi est-ce une problématique personnelle pour elle ? Qu’elle est son histoire avec le sommeil ?
Traumatisme : Le décès de sa mère
Quel âge avait-elle quand sa mère est décédée ? De quoi est-elle morte ? Qu’elle était son lien avec sa mère avant son décès ? Sa mère a-t-elle laissé des questions en suspens pour Olivia ?
Avait-elle des frères et sœurs ? Son père était-il présent dans sa vie ? Qu’en est-il de son père ?
Comment ce traumatisme est-il venu faire effraction en elle ? Quel vide cela a-t-il laissé ? Quel était son monde d’avant qui s’est écroulé suite au traumatisme ? Comment a-t-elle grandi et évolué depuis cet événement traumatique ? En quoi cela a-t-il influencé sa vie d’aujourd’hui, ce qu’elle est devenue ?
Y-a-t-il un lien entre son traumatisme et ses recherches sur le sommeil ? On pourrait même parler de quête…
On pourrait imaginer :
- que sa mère est décédée dans son sommeil -> comme une mort subite du nourrisson, c’est-à-dire de manière inexpliquée, sans cause apparente… elle veut comprendre pourquoi on peut mourir dans son sommeil
- que petite elle faisait des rêves prémonitoires -> Elle cherche à comprendre ce que sont les rêves d’un point de vue scientifique. Dans l’enfance, l’imaginaire produit du contenu fantastique… Devenue adulte, Olivia a besoin d’introduire de la raison pour ne pas devenir folle -> Alors, elle devient une scientifique renommée.
D’un point de vue métaphorique :
Que vient dire cette « épidémie » de rêves éveillés chez les habitants ?
Qu’y a-t-il que la population de ce petit village n’a jamais voulu voir depuis des générations et qui aujourd’hui vient les hanter, les habiter ?
Sur quoi doivent-ils ouvrir les yeux ? Quel secret ancestral ? Quel traumatisme collectif ?
Le rêve éveillé pourrait être entendu comme « un retour du refoulé », quelque chose avait été oublié, mis aux oubliettes dans l’inconscient collectif car trop insupportable mais aujourd’hui, cela faire retour, ça cogne … Les habitants ne peuvent plus ignorer. Ignorer quoi ? Ignorer qui ?
On pourrait développer l’intrigue à partir de secrets de famille, de village qui perdurent de génération en génération. Cette transmission générationnelle a un impact dans le présent, sur la vie des gens aujourd’hui tant qu’ils ne sont pas mis à jour, révélés.…
Ces rêves sont-ils à comprendre comme les pièces d’un même puzzle ? Il faudrait les rassembler pour résoudre l’énigme.
Olivia « contaminée » par les rêves éveillés :
Comment va-t-elle réagir face à cela ? comment va-t-elle s’expliquer ces phénomènes ? A-t-elle subi une amnésie traumatique suite à un événement trop insupportable dans son passé ? Quel pourrait être cet événement ?
Va-t-elle réussir à garder un esprit clinique et scientifique en étant sa propre observatrice ? Comment rester neutre quand on est directement impliquée ? Va-t-elle penser qu’elle est devenue folle d’un point de vue psychiatrique ? Qu’elle délire ? Elle se trouve dans des états de dissociation et de dépersonnalisation ?
Et tous les autres habitants sont-ils pris dans une folie collective ?
Hantée par les visions de son passé en lien avec sa mère décédée
Il y a une réactualisation dans le présent du trauma, qui se répète à travers ses visions. Cela signifie que quelque chose ne passe pas, n’a pas été digéré par Olivia, son psychisme n’a pas intégré l’évènement tragique. Psychiquement, cela agit encore comme s’il venait de se produire…Olivia ne peut donc pas éprouver de tranquillité intérieure. Elle va devoir traverser cette épreuve pour espérer trouver un équilibre dans sa vie.
Son métier de scientifique qu’elle s’est choisi (malgré elle ?) peut être entendu comme une « défense psychique », celle, peut-être, d’une rigueur quasi obsessionnelle. C’est une manière de mettre à distance l’effroi subi dans le passé. Une manière de tenir debout, de rester forte, de ne pas sombrer dans la folie ou de ne pas s’effondrer psychiquement et tomber dans une dépression.
Mais aujourd’hui les défenses d’Olivia semblent céder. Il y a un débordement de sa digue intérieure. Elle, qui jusqu’à présent vivait dans une espèce de gel, d’anesthésie émotionnelle (sur un mode très « robotique ») se retrouve assaillie par un déferlement d’émotions. Elle redécouvre le pouvoir des émotions dont jusqu’à présent elle s’était protégée. Elle ne savait plus ce qu’était une émotion en fait. Elle avait emprisonné son cœur pour ne plus souffrir. Car aimer pour elle est synonyme de souffrance puisqu’il y a le risque de perdre un être cher. Elle s’est défendue de cela par la mise en place inconsciente d’une défense qui est le gel des émotions.
Comment agit-telle dans sa vie d’aujourd’hui et dans ses relations avec les autres au moment où nous la rencontrons au début de la série:
On peut imaginer qu’Olivia a placé toute son énergie dans sa profession. Elle est dans un évitement des relations qui engagent les sentiments, les affects. Elle a du mal à construire des relations amoureuses. Elle s’en protège et se revendique comme une femme hyper indépendante qui n’a besoin de personne. Car se reposer sur quelqu’un serait prendre un risque trop grand pour elle.
La question que les auteurs vont se poser est celle de son évolution psychologique au fil des épisodes:
Comment va-t-elle gérer ses conflits intérieurs : dont le principal est la quête de vérité et en même temps la peur de découvrir une vérité insupportable sur son passé, sur le passé du village ? Une vérité qui remettrait en question tout ce sur quoi elle s’est construite, tout ce sur quoi elle a forgé son identité ?
Va-t-elle être confrontée à des personnes qui détiennent un savoir et l’empêche d’aller plus loin dans sa quête ?
Comment va-t-elle affronter, dépasser cela ?
Va-t-elle rencontrer en chemin une personne qui pourra être son alliée, qu’elle autorisera à devenir son allié.
Va-t-elle s’adoucir dans ses relations humaines ? Être en capacité d’aimer de nouveau ? De ne plus être dans une quête frénétique qui l’empêche de s’épanouir. Va-t-elle être en capacité de pouvoir faire confiance de nouveau ?
Voilà à peu près cher lectrice, cher lecteur, ce qui se passe dans ma tête quand je lis pour la première fois un projet de série. Je peux vous dire que ça part au quart de tour tant cet exercice me passionne !
C’est un premier travail d’ébauche, de décorticage qui est un peu fouillis et c’est normal. Au début, j’avance dans une forêt sombre et dense qu’il est nécessaire de débroussailler pour creuser et élaborer des pistes et des hypothèses.
C’est dans un second temps que je vais construire mon analyse, développer, enrichir la psychologie des personnages.
C’est aussi un travail de co-construction en fonction de la direction que les auteurs veulent apporter à l’histoire.
Construire la psychologie d’un personnage est un processus, un cheminement, une traversée d’écriture. C’est prendre le temps de faire connaissance avec un personnage. C’est partir à sa rencontre.
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