
« Miroir, mon beau miroir… »
- Qu’aurait été le personnage de Kendall sans Logan, Shiv et Roman ?
- Qu’aurait-il été en dehors de cette famille richissime dysfonctionnelle qui régit le monde des médias et de la politique ?
- Que serait-il devenu s’il n’avait pas été dans cette quête asphyxiante de l’amour paternel ?
- Que serait-il devenu s’il n’avait pas été dans cette lutte vitale à la fois parricide et fratricide ?
Kendall n’aurait jamais été Kendall. THE Kendall !
« Pourquoi ? », me direz-vous
« Parce qu’un personnage seul n’existe pas », vous répondrais-je.
« Et dis donc Steph, tu ne serais pas en train de te moquer de nous et de nous balancer une évidence ? » 😤
« Ok, ok… je vous l’accorde. C’est une évidence ! »
Justement… Arrêtons-nous un instant: pourquoi donc un personnage seul ne peut pas exister ?
👉 Et parce que je suis psy, j’ai bien envie de piquer ses mots à Donald Winnicott (pédiatre et psychanalyste) pour faire un parallèle avec la construction de la psychologie de personnage.
« Un bébé seul, ça n’existe pas », affirmait-il.
Un petit être devient et construit son identité, son moi intime parce qu’il existe dans son rapport à l’autre. Je dirais même parce qu’il existe par le rapport que l’autre (disons la mère pour faire simple) entretient avec lui.
C’est cette mère qui en posant sur lui son regard devient un miroir pour le bébé. Premier miroir de sa vie dans lequel il voit son reflet pour la première fois. Dans lequel il perçoit les contours de sa géographie intime. Dans lequel il peut penser avec jubilation « arrreuh… moi ! » (bon je fais un petit mélange avec Le stade du miroir de Lacan)
De plus, il faut imaginer son environnement et tous ceux qui l’entourent comme autant de miroirs possibles. Miroirs qui percutent le bébé (puis l’enfant, puis l’adulte) avec des images à partir desquelles se dessineront sa personnalité, ses désirs, ses rêves, ses angoisses, ses peurs, ses (im)possibilités d’être au monde.
👉 En filant la métaphore, on arrive donc tout droit à (je vous le donne en mille) :
Un personnage seul, ça n’existe pas !
Un personnage existe et évolue selon telle ou telle trajectoire parce qu’il est pris dans des interactions avec d’autres personnages qui constituent une mosaïque de miroirs modelant son identité, ses agissements, ses réactions, ses pensées, son devenir dans l’histoire.
💡 On ne peut donc pas construire un personnage (P) en dehors d’une constellation de relations (n➰) avec d’autres personnages (Y, Z, W,…) :
CQFD : P = (n➰Y+ n➰Z + n➰W + …)
(Au fait, j’vous ai pas dit ? J’ai un PhD en mathématiques appliquées à l’écriture sérielle. Le titre de ma thèse : « Emblèmes abstraits et sous-attractions caractérisantes dans les séries post-contemporaines du Moyen-Âge» Rien que ça 😜)
Mais revenons à nos moutons et appliquons cette équation au personnage de Kendall qui évolue, entre autres, sous les hospices d’une mère absente, d’un père tyrannique et d’un frère rival.
Que voit-il dans ces différents miroirs que représentent sa mère, son père et son frère ?
🤔 Imaginez-le d’abord se regarder dans le miroir que lui tend sa mère : 👀
Il ne voit aucun reflet de sa propre image et pour cause, sa mère est absente. C’est comme si elle lui disait « tu n’existes pas ». Puisqu’il n’y a pas de reflet, ce qui lui apparait alors c’est le vide. Un vide abyssal qui le plonge dans des angoisses d’insécurité majeure.
🤔 Imaginez-le maintenant se regarder dans le miroir tendu par son père, présent mais destructeur : 👀
Il voit alors le reflet d’une personne médiocre, incapable, faible. C’est comme si son père lui disait « oui oui, tu existes, je te vois mais ce que je vois de toi ne vaut rien ». Je sais pas vous mais moi à sa place j’aurais grave les boules et j’alternerais entre des envies de vengeance et des envies de gros câlinous avec mon papa… Ambivalence quand tu nous tiens !
🤔 Imaginez-le enfin face au miroir tendu par son frère Roman : 👀
Il se voit alors comme un rival. « Non, le fils préféré de papa c’est moi, pas toi ! Tu es en trop ! Et je t’empêcherai, par tous les moyens, de me voler l’amour de papa. C’est à moi qu’il revient… ». Ouais c’est ça, on va se battre et on verra bien qui va gagner !
✅ P_Kendall = (n➰Mère+ n➰Père + n➰Frère + …)
👉 On peut décliner cet exercice avec tous les autres personnages que Kendall croise sur sa route au fil des épisodes. La manière dont il agit, s’oppose, avance, évolue tout au long du récit est le fruit de tous ces miroirs tendus.
👉 L’exercice est valable également pour Roy, Shiv, Roman et les autres :
P1 = (n➰Y+ n➰Z + n➰W + …)
P2 = (n➰Y+ n➰Z + n➰W + …)
P3= (n➰Y+ n➰Z + n➰W + …)
…
👉 Il y a autant de combinaisons possibles que de personnages en interaction.
Et chacun est tout autant un personnage à qui l’on tend des miroirs qu’un personnage qui tend un miroir à un autre.

« Miroirs, mes beaux miroirs… »
Chaque miroir tendu est unique et révèle un aspect du personnage: il peut être déformant, aliénant, clivant, mais aussi structurant, révélateur, apaisant.
Dans une fiction, c’est particulièrement intéressant lorsque les miroirs sont déformants, voire brisés. Lorsqu’ils viennent tirailler, triturer un personnage dans tous les sens. Mettre à mal son narcissisme, ses possibilités de grandir et de s’accomplir. Réveiller ses angoisses, ses failles, ses côtés les plus sombres.
Le spectateur retient son souffle…
🏈 A vous de jouer maintenant ! Tendez des miroirs à vos persos…
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