#12-« D’argent et de sang »: le sens caché du titre

« D’argent et de sang » a fait résonner dans ma tête cette petite maxime  « Vivre d’amour et d’eau fraîche » … Est-ce ce dont il s’agit dans cette série: Vivre d’argent et de sang, comme on vivrait d’amour et d’eau fraiche, en toute insouciance ?

Qu’est-ce qui est d’argent et de sang au juste ? De quoi c’est deux mots sont-ils le nom ? Et que viennent-il définir ?

A la première lecture, on se dit que c’est assurément de crimes dont il s’agit. Des crimes d’argent. Des crime de sang. D’ailleurs, Simon Veynachter (le magistrat interprété par Vincent Lindon) le dit lui même lorsque Bouli est assassiné. « Au début il s’agissait de crimes d’argent maintenant, il s’agit aussi de crime de sang ».

Mais ce titre est tronqué. Le premier mot est manquant, en suspend. N’est-ce que de crime dont il est réellement question ?

Parce que oui, nul doute, cette série est un thriller palpitant de bout en bout qui parle de crime, d’arnaque, de fraude… Et quand on appuie sur  le bouton play, c’est ce qu’on s’attend à voir et on est ni surpris, ni (encore moins) déçu.

Mais ce titre est porteur en lui-même d’un manque, d’un sens caché…

Au début de la série, D’argent et de sang m’évoquait donc le matérialisme, la violence, la brutalité. Puis au fur et à mesure de ma compréhension de l’histoire, s’est substitué au mot crime celui de lien. Et c’est sous cette formule que m’est apparu le titre : « Liens d’argent, liens du sang ».

D’un côté la pulsion de mort, de l’autre la pulsion de vie.

A bas bruit, la question qui se pose inévitablement au spectateur est celle-ci : Qu’est-ce qui relie les personnages au monde, aux autres et à eux-mêmes ? Par quoi, par qui sont-ils tenus et traversés ?

Pour les liens de crimes c’est évident, tous les personnages sont liés entre eux de bout en bout par la fomentation de ces arnaques. Et il se crée un réseau de personnages aussi complexe que les schémas que dessine Simon Veynachter, sur son tableau Velada, qui tente de démêler cet imbroglio de sociétés écran et d’intermédiaires frauduleux.

Cependant, cette trainée de sang qui rougit le titre, c’est non seulement le sang de la mort mais c’est avant tout le sang de la vie, c’est-à-dire celui des liens. Cette histoire invite silencieusement le spectateur à s’ouvrir à la question intime de la transmission, de l’héritage familial, religieux, culturel et de la paternité. Je dis bien de la paternité. Car c’est du coeur des hommes (avec un pénis) dont il est radicalement question dans cette histoire.

Nous, spectateurs, sommes les témoins de ces liens filiaux absents, abimés, teintés de ressentiment. De ces liens filiaux manqués qui se compensent à travers l’expression d’une puissance masculine maladroite (et à côté de la plaque) qui prend corps chez des personnages qui enflent de plus en plus, obsédés par l’argent, par la fabrication d’une arnaque gigantesque pour les uns, et par la destruction de cette arnaque pour d’autres.

Et surtout, derrière cette obsession, on retrouve la quête implicite d’une jouissance maladive et addictive qui tient par le bout du nez TOUS les personnages. L’exemple qui illustre le mieux cela est le personnage de la fille de Simon Veynachter, Emilie. Droguée, paumée, désargentée, elle n’a de cesse de trouver sa dose pour se réfugier, non du coté des paradis fiscaux, mais du côté des paradis artificiels.

Mais quelle réparation cherchent-ils tous à travers ces illusions de toute puissance ?

La série dévoile son empreinte symbolique lors de la première visite du personnage de Vincent Lindon en Israël, quand un ami lui parle de « Tikkoum Olam », ce concept religieux hébraïque qui signifie « Réparer le monde ».

Car pour chacun des personnages, il ne s’agit pas tant de réparer le monde que de réparer SON monde. Il s’agit de réparer des injustices originelles. Injustices de l’Histoire tout autant qu’injustices liées aux histoires individuelles et familiales de chacun.

Et tous ces crimes commis, ces tentatives de les contrer conduisent immanquablement les personnages au même but ultime : celui de réparer des liens en souffrance, et de se sauver soi-même.


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