#5-Qu’est ce qu’un bon perso de série d’un point de vue psy ?

Ce qu’il y a d’intéressant et de passionnant avec le format des séries, c’est qu’il s’inscrit dans un temps long, et cela permet de développer le personnage, de l’explorer, de le triturer dans tous les sens et d’en faire ressortir sa complexité .

Il est important de saisir l’opportunité du temps long de la série pour modeler le personnage dans cette dimension d’épaisseur psychique qui offre de la richesse et de la matière au déploiement de son arc narratif et à l’installation de sa légitimité et de sa crédibilité dans le propos du récit.

Rien de pire pour un spectateur que de ne pas croire à un personnage. Que de ne pas y adhérer. Que de ne pas comprendre sa logique propre. Que de ne pas comprendre pourquoi il agit ainsi, pourquoi il passe à l’acte de telle ou telle manière.

Quand je parle de « logique propre », je ne parle pas de logique rationnelle ou mathématique. Rien n’est rationnel dans le fonctionnement du psychisme. Et 1+1 n’est pas égal à 2 !

Je vous parle de la grammaire intime du personnage qui pense et agit de manière unique et singulière dans son rapport au monde, aux autres et à lui-même.

La question à se poser pour déplier un personnage tout le long d’un récit est donc avant tout celle de sa grammaire intime à un moment de son existence en lien avec son histoire de vie, son roman familial, ses traumatismes.

Qu’est-ce que plus précisément la grammaire intime d’un personnage :

Si l’on s’en réfère à la définition de chaque mot : la « grammaire » est l’ensemble des règles pour parler et écrire correctement une langue. « Intime » signifie qui est au plus profond de quelqu’un, de quelque chose, qui constitue son essence reste généralement caché, secret.

Alors pour écrire de bons personnages, il convient, dans un premier temps, de considérer chaque personnage comme une langue étrangère à part entière. Comme une langue qui nous est encore inconnue et dont les sons produits sont au début un brouhaha incompréhensible qui nous laisse dubitatifs. Pour écrire de bons personnages, il faut adopter une position d’humilité et aller à leur rencontre sans préjugés, sans idées préconçues et découvrir leurs règles de fonctionnement. Tel un égyptologue devant des hiéroglyphes.

Comprendre la grammaire intime d’un personnage ne signifie pas que celle-ci doit être mise en acte de manière ostentatoire à l’écran, en tirant des ficelles que l’on agiterait pour actionner un pantin. La démonstration ne doit pas être mécanique. Elle doit être latente, organique, lisible en sous-texte. Surtout pas manifeste…

Pour illustrer mon propos, je prendrai l’exemple d’un personnage de série qu’un soir je regardais.

Un homme jusqu’alors heureux en ménage passe à l’acte et tue sa femme soudainement sans que l’on comprenne vraiment ce qui lui a pris. Certes, dans la vie, il existe des passages à l’acte qu’on n’a pas vus venir. Certes.

En revanche, pour le personnage lui-même, il se passe des choses à l’intérieur, dans son être. Des petites choses qui altèrent son rapport au monde, aux autres et à lui-même. Et si ces altérations ne font pas partie du cheminement de l’auteur dans la création du personnage alors à l’écran, cela se traduit par des procédés mécaniques qui privent le spectateur d’un rapport intime avec le personnage qui perd sa crédibilité et la légitimité de ses actions.

Plouf… histoire plate et sans relief !

Le format des séries permet aux auteurs d’éprouver leurs personnages, de les tirer dans tous les sens. Ils ont le temps de les prendre par la main, de cheminer avec eux le long de leurs peurs, de leur errances, de leurs espoirs, de leurs conflits, leurs contradictions, et leurs failles les plus secrètes.

Et ce qui évolue ce n’est pas tant le personnage que la relation que le spectateur nourrit avec lui.

Je vous souhaite de créer des personnages qui nous surprennent, qui sondent les métamorphoses les plus silencieuses. Qui nous invitent à nous interroger sur le sens de la vie et rendent palpables nos propres perplexités, nos propres fêlures. Des personnages comme des miroirs tendus à nos terres inconnues, refoulées. Celles que l’on refuse d’admettre et qui pourtant sont inscrites au plus profond de nous.

Creusez la terre ensevelie sous les décombres de leur vie

Trimez, frimez, sublimez

Car leur substance se trouve ailleurs que dans les évidences.


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