« Mental Illness is sexy ! » Voilà ce qui est prononcé dans les premières minutes, par l’un des personnages au sujet de Joss, le personnage interprété par Lily-Rose Depp.
On comprend que sa vulnérabilité psychique sera exploitée tout au long du récit à plusieurs niveaux :
– Par l’équipe qui gère Joss et l’image publique de son personnage de chanteuse
– Par son amant
– Par les créateurs de la série qui envoient ce message au public cible (celui d’ados et de jeunes adultes eux aussi souvent fragiles car c’est une période de transition majeure dans la vie). La question qui me vient est celle de savoir si le récit offrira un regard critique sur ce traitement de la santé psychique en objet de désir.
La série s’ouvre sur une scène de séance photos de Joss qui reprend du service après une hospitalisation en psychiatrie faisant suite au décès de sa mère. Le trauma est posé comme prétexte à la perversité des personnages et à Lily-Rose Depp en « absurde objet de désir ». Un peignoir de soie rouge, une poitrine qui se laisse deviner (que Joss veut imposer à notre vue), des positions sexuelles suggestives et ce fameux bracelet d’hôpital psy qu’elle n’a pas enlevé et que son directeur artistique veut lui faire garder. Voilà, les thèmes fantasmatiques sont posés : Masochisme, sadisme, perversion, exhibition, manipulation… Obscénité et perversité avec une mise à nu tant physique que psychique de l’intimité de Joss sur le fil du paradigme pornographique masculin. Joss qui pense être capable de tout contrôler et qui pourtant ne contrôle rien. Elle ne se sent exister qu’à travers le regard des autres et pourtant ne semble aspirer qu’à une chose : une forme de disparation, d’évaporation de son être. Cette quête de disparition est représentée par une scène de masturbation où Joss atteint l’orgasme en s’étranglant : instant d’extase et d’horreur où la peur se mêle à la jouissance. Joss est à la recherche d’une forme de vertige en s’infligeant un moment de panique voluptueuse par un ébranlement des sens. Volonté de rompre avec ses angoisses d’effondrement intérieur. Ce mélange paradoxal de plaisir et de peur traduit alors un désir d’effacement de son identité. Le poids d’être soi, dans cette activité autoérotique à la fois masochique et sadique, lui permet d’échapper aux contraintes de la réalité en s’adonnant à la fulgurance de ces sensations. C’est sa manière à elle de quitter le monde. Puis vient la rencontre avec Tedros. D’emblée, l’assistante de Joss, Leïa, se méfie de lui : « Il pue le viol » et Joss de lui répondre : « C’est ce que j’aime chez lui ». Ce fantasme de viol qui est assumé par Joss sans réserve ni culpabilité traduit sa soumission a des pulsions agressives intenses dirigées contre elle-même. Pulsions qui vont se télescoper au sadisme de ce personnage destructeur de gérant de boite de nuit qui s’érige en sauveur pour Joss. Et la dernière scène qui reproduit ce fantasme de disparation à travers un jeu érotique pervers d’étranglement de Tedros sur Joss. Il lui couvre entièrement le visage et la tête du tissu rouge de son peignoir de soie qu’il resserre au niveau du cou. « Jeu » d’annihilation, d’étranglement et d’asphyxie qui instille grossièrement les débuts d’une relation basée sur l’autel de la domination-soumission, d’un droit de vie ou de mort qu’accepte Joss sans broncher puisqu’elle ne peut plus respirer. Et Tedros, qui en déchirant le tissu avec un couteau au niveau de sa bouche, lui signifie que c’est lui qui décidera quand elle pourra respirer. Voici la promesse délivrée à la fin de ce premier épisode… La question que je me pose est celle du reversement de la pulsion masochique en son contraire, c’est à dire en pulsion sadique. De quelle manière le personnage de Joss va-t-il exploiter ses pulsions sadiques ? Vont-elles continuer à se retourner contre Joss elle-même ? Joss les exercera-t-elle sur d’autres personnages, voire sur Tedros ? Je m’interroge également sur l’avenir du personnage de Leïa, son assistante personnelle, qui semble être la seule à vouloir protéger Joss. Comment va-t-elle s’imposer dans le récit ? Comment va évoluer leur relation à toutes les deux ? Mais par dessus tout je me demande à quoi nous invite réellement The Idol…
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