#9-Une femme avec une femme, illutration d’un conflit psychique

Jeanne a 35 ans, et, depuis petite, elle a un but bien précis dans la vie: construire une famille et avoir des enfants. Comme ses parents. Elle a été élevée dans une famille bourgeoise, croyante qui lui a transmis des valeurs et des principes. Elle ne peut pas déroger à cela. Cela ne lui est même jamais venu à l’esprit d’envisager sa vie autrement.

Pourtant, elle a tout le temps mis en échec ses histoires d’amour : rencontré des hommes qui ne veulent ni d’enfant, ni se marier. Ou tombée amoureuse d’hommes

déjà mariés.

Cela la rend malheureuse, elle ne comprend pas pourquoi elle n’y arrive pas. Et ses parents qui la renvoient toujours à cela. Il est temps de rencontre notre gendre idéal, de te marier ma chérie, et d’avoir des enfants !

Et puis un jour, elle rencontre une femme et quelque chose bouge en elle. Elle en tombe follement amoureuse mais, dans un premier temps, elle n’ose pas se l’avouer. Je ne suis pas normale, se dit-elle. Qu’est-ce qui ne tourne pas rond chez moi ?

Elle est prise dans un conflit intérieur :

Répondre à son désir pour cette femme ? … oui mais alors elle ne rentrera pas dans le moule de la société, dans ce que ses parents attendent d’elle (même s’ils ne veulent que son bonheur… oui mais à certaines conditions quand même !)

Elle s’interdit de désirer et d’aimer cette femme car son surmoi est trop sévère ! Ce serait aussi prendre le risque d’être rejetée par ses proches. Foutu syndrome de l’abandon… quand tu nous tiens.

Mais petit à petit, sa carapace se fend, et elle « s’aventure » dans une relation amicale et platonique avec cette femme. C’est l’expression d’un compromis que son moi « diplomate »* fait pour concilier les exigences du ça avec celle de son surmoi et de la réalité extérieure.

Au fil du temps, son désir devient de plus en plus fort, elle ne peut plus le refouler indéfiniment. Elle va alors s’autoriser à vivre une histoire avec elle mais… en secret. Elle ne l’assume pas ouvertement. Elle a un peu cédé sur son désir mais pas complètement encore.

La question que l’on se pose en tant que spectateur…

Finira-t-elle par assumer pleinement et ouvertement ce qu’elle est, son désir malgré tout ce qu’elle a toujours projeté (une famille classique, avec un homme … ) ? Malgré les obstacles, les jugements, les regards des autres sur elle par rapport à ses choix intimes qui ne sont pas conformes à ce qu’ON attend d’elle?

Consentira-t-elle au désir qui surgit en elle au travers de cette rencontre ?

Consentir engage le corps, c’est prendre un risque avec soi-même. C’est se laisser traverser par cet élan, c’est faire confiance à l’autre, à la vie.

Et c’est justement ce risque qui fait l’éclat de la rencontre parce qu’il provoque en elle un sentiment d’intensité qui l’amène à sentir son corps comme jamais encore. Elle se trouve pour la première fois de sa vie débordée par le vivant !

Jusqu’à présent, elle a été retenue et empêchée par une éducation asphyxiante. Pour s’en extirper, elle doit affronter, remettre en question tout ce sur quoi elle s’est construite, tout ce sur quoi ON l’a construite. Elle doit trouver la force de s’arracher au contrôle parental et sociétal car finalement jusqu’à présent, elle consent inconsciemment à être enfermée psychiquement…

Et si, paradoxalement, les échecs répétés dans ses relations amoureuses antérieures n’étaient que l’expression inconsciente de ce désaccord qu’elle ressent vis-à-vis de son éducation ?

Cette rencontre la bouscule, l’amène à se poser une des questions existentielles majeures : celle de son désir intime, celle de ce qui la fait se sentir vivante. Réellement. Elle doit démêler les fils pour tirer sur son propre fil: à quel désir a-t-elle répondu jusqu’à présent : le sien ou celui des autres ?

S’ouvrir à ce désir émergeant c’est tout autant prendre le risque de se voir métamorphosée que de se voir fragilisée. Aller vers son désir c’est déchirer quelque chose de son rapport à l’Autre, ce fameux « ON »…

Suivre sa voix, c’est franchir une limite intérieure. Il y a un franchissement, et elle ne pourra plus jamais redevenir celle qu’elle était auparavant.

Consentir à son désir c’est donc prendre le risque de perdre une partie de soi pour en découvrir une autre…

*Cette petite vignette illustre bien l’expression du conflit psychique entre les différentes instances de l’appareil psychique…

Vous l’aurez compris :

concilier principe de plaisir et principe de réalité / pulsion du ça / interdits du surmoi / contraintes et réalité extérieure : cela crée du conflit !

Il y a des désirs et des besoins contradictoires à l’intérieur de chacun. On veut ce que l’on désire mais il y a des forces qui s’opposent.

Le moi est un espace de compromis entre les exigences du ça, du surmoi et les contraintes de la réalité extérieure. Son but est de trouver un équilibre.

C’est pour ça que nous sommes des êtres complexes et contradictoires. Et c’est ce qui fait la richesse de bons personnages et de bonnes histoires ! Quand ils luttent contre eux-mêmes… Quand la balance pèse plus d’un côté que d’un autre… Quand il y a un déséquilibre et que cela crée des frictions avec soi-même, avec les autres.

Et de frictions en fictions, nous voici, en tant que spectateurs, absorbés par ces récits !


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