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Stéphanie Cohen de Lara
PSYCHARACTER
J’allonge vos personnages sur le divan
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Consultante en psychologie des personnages
Je suis psychologue clinicienne
titulaire d’un master de psychologie clinique et de psychopathologie psychanalytique |
Bonjour à vous,
Comment allez-vous ?
L’été est là. Et je vous le souhaite doux…
Voici le dernier numéro avant la rentrée. On se retrouve en septembre.
Je suis Stéphanie, Psycharacter | Consultante en psychologie des personnages. Mon rôle ? Collaborer avec vous pour renforcer et structurer la psychologie de vos personnages.
Pour filer la métaphore, j’interviens à l’image d’un mécano qui chouchoute le moteur de votre voiture. Chez un personnage, son moteur c’est sa psychologie. Et un moteur en panne, ça ne démarre pas !
Dans cette newsletter, je vous donne mes conseils de psy pour vous aider à déployer tout le potentiel dramatique des personnages que vous avez en tête.
| 01 · Le mot psy du jour Les prémisses de la psychose |
| 02 · Une série à voir The Bear, Saison 5 |
Bonne lecture !
Stéphanie
Ici, je vous propose mon analyse avec un regard psy sur des personnages emblématiques.
Quand je regarde une série, je suis une simple spectatrice. Je ne me pose pas mille et une question sur la psychologie des personnages. Une histoire qui réussit à me prendre aux tripes est justement une histoire où je ne me pose aucune question sur sa « fabrication ». Si je commence à m’en poser, c’est qu’il y a un hic.
En revanche, c’est dans l’après-coup, que les réflexions me viennent. Parce qu’un personnage m’a touchée, parce qu’il m’interpelle et que j’ai envie de m’y attarder et de l’analyser plus en profondeur avec mon regard de psy.
On ne reconnaît pas une grande série qu’à la qualité de ses personnages principaux, ceux qui font l’histoire.
Il y a des personnages qui passent « en coup de vent » mais qui n’en sont pas moins marquants. Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler d’une scène de Mad Men qui pour moi est fondatrice de la psychologie du personnage dont il est question. Il y a un avant et un après.
Tous les ingrédients sont là depuis le début et tout est amené de manière si naturelle, si « organique » que tout est cohérent dans ce personnage.
Je veux vous parler du personnage de Michael Ginsberg et d’une scène qui m’a déchirée le coeur, dans l’épisode 6 de la saison 5.
Elle est d’une très grande densité émotionnelle et d’une humanité incroyable. A cet instant, en la regardant, je suis Peggy.
Je vous invite à visionner cette scène puis à revenir à la newsletter :
https://youtu.be/dwwHmAF2iR8?si=GSrNkjfROC_6sFEi
Voici les dialogues de cette scène :
P : Why didn’t you tell me about your family ? Your father is nice
M : He is not my real father. People don’t understand.
P : are you adopted ?
M : Actually I am from Mars
P : rires …
M : it’s fine if you don’t believe me bit that where I am from.
I am a follower blooded martian
P : rires…
Don’t worry there is no plot to take over earth. We are just displaced
P : ok… rires
M : I can tell you can’t believe me… that’s ok
We are a big secret
They even have been trying to hide it from me
That men, my father, told me a story I was born in a concentration camp but you know that’s impossible. And I never met my mother because she’s supposed to be died there. That’s convenient.
Next thing I know Morris found me a Swedish orphanage. I was 5 I remember it.
P : That’s incredible.
M : Yeah.. And then I got this one communication. A simple order. « Stay Where you are ».
P : are they other like you ?
M: I don’t know I have been able to find any.
Il est tard, il fait nuit. Peggy et Michael sont assis à leur bureau respectif et ne se regardent pas. Ils sont dos à dos. Au fur et à mesure de leur échange, seule Peggy se retournera, Michael aura toujours le dos tourné et on voit son reflet dans la vitre. Cela me fait presque penser au dispositif de la cure psychanalytique, où l’évitement du face à face permet au patient de se laisser aller et de parler sans être pris dans le regard de l’Autre.
Freud a inventé le divan pour soustraire le patient au regard de l’analyste, pour que la parole se libère de la « surveillance » du face-à-face. Dans cette scène, les scénaristes reconstituent intuitivement ce dispositif. Michael parle presque à sa propre image dans la vitre, ni tout à fait à Peggy, ni tout à fait à lui-même.
C’est dans cet entre-deux que l’indicible peut se dire.
Michael explique à Peggy que son père n’est pas vraiment son vrai père et qu’il vient de la planète Mars. Peggy interloquée sourit avec une sorte de moquerie et d’incrédulité.
Mais petit à petit, elle comprend que ses propos délirants sont le reflet de la détresse extrême et intime qu’il l’habite depuis toujours. Alors, elle ne cherche pas à contrer ce qu’il dit, ni à lui faire entendre raison. Elle comprend que la vérité sur son histoire est impensable pour lui : Être né dans les camps de concentration où sa mère y a été exterminée est une vérité trop insupportable pour être concevable.
A tel point que pour Michael, recréer une nouvelle réalité sur une filiation martienne et non humaine, est la seule solution qu’il a trouvée pour tenir et ne pas devenir fou. Car la réalité des camps de concentration est une folie humaine !
Et pourtant, paradoxalement, cette reconstruction délirante sur ses origines est un des premiers signes visibles de sa folie qui à la fin de la série le conduira à la décompensation de sa psychose et à son internement.
Dès l’entrée du personnage de Michael dans la série, les auteurs nous ont présenté un personnage à peu fou-fou, un peu à part, original. En sous-texte, tous les signes d’une psychose à bas bruit sont déjà là : sa manière d’être, de parler, son impossibilité à entrer dans une relation amoureuse et à avoir des relations sexuelles…
Puis à l’épisode 6 de la saison 5, arrive cette scène dans le bureau avec Peggy qui pour moi est un tournant. Jusqu’alors, il était présenté comme « rigolo », fantasque… Là, on accède véritablement à l’intimité et à la profondeur déchirante de ce personnage.
Dans la suite de la série, on assistera au délire croissant et bruyant de Michael déclenché par l’arrivée de l’ordinateur dans l’agence jusqu’au passage à l’acte où il se coupe le téton (expression manifeste d’une impossibilité à symboliser le monde et sa propre histoire).
J’ai souvent vu des séries où la folie (au sens psychiatrique) est abordé à travers des personnages de manière trop mécanique, presque caricaturale.
Ce qui me parait remarquable dans le traitement de ce personnage est qu’il ne parait pas fabriqué. Il n’est pas traité d’un point de vue clinique psychiatrique, mais d’un point de vue profondément empathique et humain. Et c’est ce qui en fait toute la justesse et la cohérence.
Ici, je vous recommande une série en vous proposant mon regard de psy sur ce qui en fait la force psychologique.
On retrouve une dernière fois Carmy et ses acolytes, et la tension est telle qu’on a dû mal à les lâcher.
La première saison vibrait déjà de tension, mais pour une raison totalement opposée. On y découvrait des personnages fracturés, en guerre contre eux-mêmes et contre les autres, portant des blessures qui refusaient de cicatriser. Le conflit venait de l’intérieur : chacun était son propre adversaire.
Dans cette cinquième et dernière saison, la tension est toujours présente, mais le chaos vient désormais du dehors, et tous les personnages convergent vers un même objectif : tenir ensemble, ne pas se lâcher, se serrer les coudes face à tous ces imprévus qui surgissent de toutes parts, comme autant de menaces sur leur monde.
Cette dernière saison raconte une histoire de mains tendues. Les blessures, apaisées, ont libéré de l’espace : chacun peut enfin faire une place à l’autre, se tourner vers lui, et bâtir à plusieurs ce que le chaos menace de défaire.
Les personnages sont justes dans cette prise de conscience, dans cette lucidité qu’ils ont mis quatre saisons à conquérir. La résolution est subtile, elle ne vend aucun rêve. Elle montre comment chacun a su composer avec ce qu’il est, son histoire, ses traumatismes, ses peurs et aussi ses désirs et ses ambitions. Rien n’a disparu, tout est encore là, mais les lignes se sont déplacées, et c’est précisément dans ce déplacement que loge la maturité et la force des personnages. A l’image d’un bon plat familial qui a eu le temps de mijoter, Carmy, Richie, Tina, DD (la mère) et tous les autres ont grandi.
Tels des parents confiants, on est prêt les voir partir, à leur dire au revoir et à les laisser continuer leur chemin loin de notre regard. C’est aussi ça une bonne fin…
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